Accueil du Ministre de l’IntérieurDiscours de Mohammed MOUSSAOUI Président d’honneur du CFCM et président de l’UMF

Monsieur le Ministre,

Monsieur  le Préfet de Vaucluse,

Monsieur le Sous-Préfet de Carpentras

Monsieur le Maire de Carpentras,

Madame la représentante du conseil régional

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs les représentants des institutions civiles et religieuses,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je m’associe aux mots de bienvenue du Président Belkhadir, pour vous dire, Monsieur le Ministre, combien nous sommes heureux et honorés de votre présence parmi nous en cette occasion hautement symbolique.

La fête de l’Aïd al-Adha, qui coïncide comme chaque année avec l’une des plus grandes manifestations spirituelles de l’islam qu’est le grand pèlerinage, est l’occasion pour les musulmans de célébrer et de commémorer l’œuvre du Prophète Abraham (Ibrahim), paix et bénédictions sur lui. Elle nous rappelle  surtout l’essentiel de l’attitude de ce grand prophète devant les épreuves : « S’en remettre à Dieu dans l’Amour et dans la Confiance ».

Cette année cette fête coïncide avec les célébrations du nouvel an juif  (5775) et de la fête juive de Youm Kippour, celle du Grand Pardon.

Mes vœux les plus chers vont donc aux musulmans de France et aux juifs de France avec mes prières pour que Dieu rapproche davantage nos deux communautés tout au long de cette année que nous souhaitons porteuse de paix et de prospérité.

Qu’il me soit permis par la même occasion de rendre hommage et d’exprimer toute notre gratitude aux représentants des autres cultes qui n’ont cessé d’apporter leur soutien et leur solidarité fraternelle aux représentants du culte musulman. Je salue ces gestes forts qui renforcent notre vivre-ensemble et notre fraternité.

La fête de Aïd El Adha, synonyme du don et du partage, doit être l’occasion, pour nous tous, d’exprimer davantage de soutien et de solidarité à toutes celles et à tous ceux qui se trouvent dans la difficulté.

La célébration de cette fête qui se déroule dans un contexte difficile, est malheureusement endeuillée parles crimes, commis par le groupe terroriste « Daesh » contre des civils innocents, dont l’assassinat lâche et odieux de notre compatriote Hérvé Gourdel. Et nous apprenons l’assassinat odieux et abject du travailleur humanitaire Alain Henning, revendiqué par ce groupe sanguinaire, le jour même du grand Rassemblement des pèlerins au Mont Arafat. 

Aujourd’hui, nous ne trouvons plus les mots assez forts pour exprimer notre indignation et notre condamnation de cette cruauté et cette barbarie.

En ces moments de quiétude, nous élevons des prières pour la mémoire de toutes les victimes et témoignons notre compassion et notre entière solidarité à leurs familles et leurs proches.

Le départ de certains jeunes français vers la Syrie ou l’Irak  pour grossir les rangs des organisations terroristes nous interpelle et nous amène à nous interroger sur notre propre responsabilité quant aux moyens que nous déployons pour préserver ces jeunes et les prémunir.

Si certains de ces jeunes n’ont pas conscience de l’ampleur de la gravité des crimes dont ils se rendent complices ainsi que de la lourde responsabilité devant Dieu et devant l’Humanité d’une telle complicité, ils plongent aussi leurs familles dans une grande détresse et un immense désarroi.

Dans le cadre de vos prérogatives, Monsieur Le Ministre, vous avez arrêté un plan pour lutter contre ce phénomène en s’attaquant aux filières de recrutement, en luttant contre la diffusion de contenus illicites sur internet et les réseaux sociaux et  par le renforcement du dispositif législatif de la lutte contre le terrorisme.

Vous avez pris également en compte la solitude et le désarroi des familles victimes du radicalisme en mettant à leur disposition  une plate-forme d’assistance et d’orientation.

Cette mobilisation des moyens de l’Etat est salutaire, nécessaire et indispensable.

Nous responsables musulmans avons décidé de prendre aussi nos responsabilités et assumer notre devoir citoyen dans la lutte contre le radicalisme.

L’Appel de l’Union des Mosquées de France du 2 juin 2014, à l’organisation des états généraux contre le radicalisme, a été suivi par le lancement d’une série de rencontres régionales en vue de mettre en place un plan d’action associant les imams, aumôniers et gestionnaires de mosquées. Ces acteurs de l’islam de France, doivent se donner davantage de moyens pour faire connaître et promouvoir les valeurs authentiques de l’Islam, religion de modération et de juste milieu, et prémunir les jeunes contre l’expression radicale et l’extrémisme sous toutes ses formes.

Dès les deux premières réunions organisées dans la Région PACA  en juin 2014 et la Région Rhône-Alpes en septembre 2014,  les participants ont proposé :

La mise en place des conseils d’imams et d’aumôniers au niveau régional et national et faire de ces conseils des espaces de dialogue, d’échange et de formation.

Donner, via un travail collégial, au prêche du vendredi, suivi chaque semaine par presque un million de fidèles, davantage d’importance quant au choix des thèmes et des sujets à traités.

Mener une réflexion sérieuse et profonde sur l’enseignement religieux dispensé aux jeunes comme aux adultes. Cette réflexion doit porter sur son contenu, sur la qualité de la formation des intervenants et l’élaboration de projets pédagogiques et éducatifs adaptés à notre contexte national.

Cerner les contours du discours radical véhiculé à travers internet et les réseaux sociaux et proposer en conséquence un plan d’action pour déconstruire les arguments fallacieux du radicalisme.

Tirer profit de toutes les compétences et les expériences des institutions en charge de la jeunesse en vue d’atteindre un public qui ne se rend pas forcément dans les lieux de culte.

S’engager davantage dans un dialogue serein et respectueux entre toutes les religions, convictions et cultures et contribuer au renforcement de notre cohésion nationale.

Le succès et l’impact qu’ont connu ces rencontres, ont renforcé notre conviction quant à la pertinence de notre choix de mobiliser tous les acteurs du terrain que sont les imams, les aumôniers et les gestionnaires des mosquées au niveau des différentes régions.

Ces derniers jours, les Musulmans de France, se sont mobilisés d’une manière spontanée, responsable et unanime, pour dénoncer le terrorisme et sa barbarie et condamner les menaces proférées contre notre pays et nos compatriotes par des terroristes qui, en se cachant derrière des appellations usurpées, prennent en otage l’islam et transgressent sans cesse ses principes et ses valeurs. 

Cette mobilisation été malheureusement perturbée par des sommationsréclamant aux musulmans de hausser davantage la voix et de se démarquer « plus clairement » du terrorisme. Ces sommations ont été ressenties par les musulmans comme un procès d’intention et une remise en cause consciente ou inconsciente de l’adhésion pleine et entière des musulmans de France aux principes qui fondent notre pacte républicain.

Les auteurs de ces sommations, doivent prendre la mesure de leurs responsabilités. Par cette attitude non républicaine, ils participent à la division des citoyens français, alors que  dans pareilles circonstances, œuvrer pour l’unité de tous les français est plus qu’une nécessité, c’est un devoir.

Nous devons dénoncer les amalgames douteux, les injonctions malveillantes, les arguments des adeptes de la prétendue « guerre des civilisations » tout en restant confiantsdans le sens des responsabilités qui anime l’immense majorité de nos concitoyens. L’appel des institutions religieuses et civiles de notre pays à la vigilance face à tout amalgame qui transformerait la lutte contre le terrorisme en une stigmatisation de l’islam et des  musulmans, est un gage de responsabilité.

Pour conclure, je lance un appel aux musulmans de France à saisir ces moments de quiétude pour élever des prières à la mémoire de toutes les victimes du terrorisme et invoquer le Très Miséricordieux afin qu’il préserve l’humanité des malheurs que l’homme est capable de faire subir à son prochain par haine et par ignorance.

Joyeuses fête de Aïd El Adha.

Et joyeuses fête de youm Kippour.

Que la France vive heureuse et prospère. Qu'elle soit forte et grande par l'union et la concorde. Seigneur, regarde avec bienveillance, notre pays la France.

Discours de Mohammed MOUSSAOUI / Carpentras - 4 octobre 2014

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