Daech

Les attentats terroristes qui ont frappé plusieurs lieux de Paris et les abords du Stade de France en Seine Saint-Denis, le vendredi 13 novembre 2015,  soulèvent, comme après chaque attentat perpétré contre notre pays, des interrogations sur ce que peuvent faire ou doivent faire les musulmans de France pour lutter contre le terrorisme qui menace notre pays.

Dès les premiers instants qui ont suivi ces attentats odieux et abjects, les musulmans de France ont spontanément et unanimement dénoncé avec la plus grande force et condamné avec la plus grande vigueur ces actes de barbarie commandités par le groupe terroriste « Daech ».

Des voix se sont élevées pour enjoindre aux musulmans de France de prendre leur responsabilité face à la radicalisation des jeunes et d’entreprendre des initiatives afin de rassurer leurs concitoyens quant à leur loyauté envers la République et leur désolidarisation du terrorisme.

Face à ces voix, certains musulmans peuvent se sentir mis à l’index par ce qui s’apparente à un procès d’intention et à une remise en cause consciente ou inconsciente de l’adhésion pleine et entière des musulmans de France aux principes qui fondent notre pacte républicain.

Les musulmans sont dans leur droit de s’opposer aux amalgames, aux injonctions malveillantes et aux arguments des adeptes de la prétendue « guerre des civilisations ». Mais ils restent confiantsdans le sens des responsabilités qui anime l’immense majorité de nos concitoyens. L’appel des institutions religieuses et civiles de notre pays à la vigilance face à tout amalgame qui transformerait la lutte contre le terrorisme en une stigmatisation de l’islam et des  musulmans, est un gage de responsabilité.

Malgré les injonctions de quelque nature que ce soit,  les musulmans de France doivent continuer à dénoncer les atrocités commises au nom de l’islam et de faire face, aux côtés de  leurs compatriotes, aux menaces proférées par des terroristes sanguinaires qui prennent en otage l’islam et transgressent sans cesse ses principes et ses valeurs. 

Par nos réactions, nos appels et nos manifestations contre le terrorisme, nous musulmans de France, nous exprimons notre compassion et notre solidarité pleine et entière aux familles des victimes et aux blessés durement éprouvés. Le lien de fraternité républicaine qui nous unit à nos concitoyens de toute confession et de toute condition, nous invite à cette solidarité qui est une exigence morale et un devoir citoyen.

La présence de jeunes Français dans les rangs des terroristes pourrait encourager ces derniers et les conforter dans leur rêve de pouvoir s’appuyer sur les musulmans de France dans leur entreprise criminelle. En dénonçant avec force les atrocités des terroristes et leur barbarie, en multipliant les appels, les manifestations et les rassemblements aux côtés de nos concitoyens nous brisons le rêve des terroristes de trouver parmi les Français des soutiens à leur cause perdue.

Les musulmans de France doivent aussi s’adresser à ceux qui s’interrogent légitimement sur le lien qui pourrait exister entre l’islam et l’idéologie meurtrière des terroristes. Car il faut bien reconnaître que les propagandes terroristes de Daech s’appuient sur des textes religieux musulmans en les détournant de leur contexte et en leur assignant des finalités et objectifs en totale contradiction avec l’essence même de l’islam. Sur ce point, les musulmans de France regrettent que les institutions religieuses musulmanes qui ont une notoriété connue et reconnue à l’échelle mondiale n’aient pas multiplié les prises de positions et émis des avis religieux pour dénoncer ce détournement des textes.

A ce titre, nous saluons la position du Conseil Supérieur des Oulémas (théologiens) marocains, la plus haute institution religieuse du royaume du Maroc, présidée par le Roi Mohammed VI en personne, qui a clarifié dans un avis religieux, publié le 14 novembre 2015, le concept de jihad, synonyme de l’effort sur soi et de l’élévation spirituelle qui prépare l’individu à une attitude altruiste au service de l’humanité. Cet avis dénonce le détournement par les terroristes de ce concept devenu aujourd’hui, malheureusement, synonyme de terreur, de massacres massifs et de la haine de l’autre.

Dans cet avis, le Conseil Supérieur des Oulémas fait référence à deux textes coraniques : « N’agressez point, Dieu n’aime pas les agresseurs» (Coran, 2:190) et « Quiconque tue un être humain …tue l'humanité toute entière. Quiconque sauve un être humain sauve la vie de l'humanité toute entière !» (Coran, 5 :32).

Le coran considère la guerre comme un incendie qu’il faut éteindre par tous les moyens : « Toutes les fois qu'ils allument un feu pour la guerre, Dieu l'éteint. Ils s'efforcent de semer le désordre sur la terre. Dieu n'aime pas les semeurs de désordre. » (Coran 5:64).

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