Bernard Cazeneuve

A l’occasion du Rassemblement Citoyen des musulmans de France à l’Institut du Monde arabe, 29 novembre 2015

Monsieur le Président de l’Institut du Monde arabe,

Monsieur le Président du Conseil français du Culte Musulman,

Messieurs les Présidents de Fédérations,

Messieurs les recteurs,

Messieurs les imams,

Mesdames et Messieurs,

Je tenais tout d’abord à vous remercier de m’avoir convié à cette rencontre inédite qui rassemble les principales fédérations, grandes mosquées et responsables de l’Islam de France. Les débats qui ont eu lieu cette après-midi ont su se situer à la hauteur des enjeux et de la gravité des moments que nous vivons.

Qu’il me soit permis de saluer, à travers votre assemblée, l’ensemble des musulmans de France pour la condamnation unanime, sans une ombre, sans une hésitation, de la violence terroriste qui nous a frappée. Tous, responsables religieux, mosquées, fédérations, à l’unisson de la communauté nationale vous avez su trouver les mots pour dire notre horreur, pour dénoncer la barbarie qui a frappé notre pays. Le « Manifeste citoyen des musulmans de France » que vous avez adopté aujourd’hui exprime avec force la même condamnation sans appel et traduit un attachement sans faille à la République et à ses valeurs, qui répond, je le sais, aux conceptions et aux vœux de tous nos compatriotes de confession musulmane. C’est une déclaration d’amour à la République et à la France.

Enfin, la tenue de cette rencontre et la proclamation de ce manifeste revêtent une portée particulière au sein de l’Institut du Monde arabe, cette institution qui, au cœur de Paris a pour mission de donner à voir tout ce que la civilisation arabo-musulmane a apporté à l’humanité. En effet, comme l’a déjà dit le Président de la République, « les meilleures armes pour lutter contre le fanatisme qui se réclame de l'islam, se trouvent dans l'islam lui-même ». La culture musulmane, dans ce qu’elle a de plus noble, compte au nombre de ces armes si nécessaires au combat que nous livrons contre l’idéologie de haine qui inspire les terroristes.

Le défi que nous devons relever ensemble est aujourd’hui, comme vous le comprenez tous, d’une exceptionnelle gravité.

Les attentats qui ont frappé notre pays ont atteint un nouveau degré dans l’abjection. Ils ont visé des innocents, au même titre que ceux qui avaient été perpétrés au mois de janvier. Mais l’ampleur du massacre est inédit, tout comme sa cible : des jeunes, de toutes origines et de toutes confession, qui incarnaient l’avenir de notre pays. Ils s’appelaient Elsa, Jean-Jacques, Véronique, ou encore Mohamed, Asta, Elif.

Que nous croyons au ciel, ou que nous n’y croyons pas, les victimes du 13 novembre, auxquelles la Nation a rendu un hommage solennel vendredi dans la cour de l’hôtel des Invalides, sont bien vivantes dans tous nos cœurs. Comme l’a dit le Président de la République, ils étaient le visage de la France. Nous continuerons à porter leur deuil.

Le pays est blessé, le pays a du chagrin et il est en colère. Il redoute que le crime se répète. Mais il ne cèdera pas aux penchants mauvais de la division que les terroristes voudraient provoquer par leurs crimes.

Dans les temps qui s’ouvrent, nous avons besoin de fraternité et de concorde. Face à la haine, nous ne pouvons opposer que la fraternité. C’est ce sentiment qui m’habite en venant à votre rencontre aujourd’hui, comme c’est le cas à l’occasion de toutes les visites que je m’efforce de faire, dès que je le peux, dans les mosquées de France.

L’heure est encore au recueillement, mais elle est également à l’action.

Comme je l’ai déjà dit ces jours derniers, la menace est élevée et des attentats peuvent à nouveau viser notre pays, comme d’autres pays en Europe. Au-delà du contingent des 600 Français qui combattent dans les rangs de DAESH, plusieurs milliers de personnes font l’objet sur le territoire national de la vigilance de nos services de sécurité. Des réseaux de complicités existent sur notre territoire, il faut avoir la lucidité de le reconnaître.

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