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Notre engagement contre les extrémismes

Union des Mosquées de France (UMF) - Paris, le 13 mars 2016

Introduction.

Les événements tragiques qui ont frappé, en janvier et novembre 2015, le cœur de notre pays ont amené de nombreux acteurs institutionnels à s’interroger sur leur propre responsabilité quant aux moyens qu’ils déploient pour prémunir et préserver la jeunesse française face aux mouvements et aux idées extrémistes.

Le départ de centaines de jeunes français vers la Syrie pour aller grossir les rangs du groupe terroriste «Daesch», connu sous l’appellation « Etat Islamique », a interpellé les responsables musulmans qui constatent avec une grande inquiétude l’instrumentalisation de la religion musulmane par des extrémistes de tout bord.

Face à cette instrumentalisation, les musulmans de France ont exprimé d’une manière unanime leur profonde indignation et ont souhaité œuvrer avec toutes les forces vives de notre pays à peser sur le cours des évènements en assument leur devoir de citoyen et de témoin actif : « Nous avons fait de vous une communauté éloignée des extrêmes pour que vous soyez témoins parmi les hommes et que le Prophète soit témoin parmi vous » (Coran : 2-143).

I. Comment un jeune devient-il extrémiste ?

Un jeune ne devient pas subitement extrémiste, il s’agit d’un processus qui résulte d’une interaction entre sa personnalité et des facteurs liés à son histoire et à son environnement. Aux facteurs d’ordre social, économique, politique, idéologique et religieux, il faut ajouter des facteurs d’ordre psychologique et émotionnel.

Incontestablement, aujourd’hui comme hier, les jeunes des quartiers populaires souffrent de la précarité et du chômage plus qu’ailleurs. L’inégalité sociale et économique est devenue également politique ; les jeunes ont le sentiment d’être exclus de la représentation démocratique qui leur permet d’avoir prise sur ces inégalités et de tenter de les infléchir.

S’ajoute à ces inégalités d’ordre social, économique et politique, la question très sensible des inégalités liées aux appartenances religieuses et ethniques. Ces dernières années, des débats et des polémiques autour de la religion musulmane se sont multipliés, un racisme latent, qui se veut imperceptible, caché sous les dehors acceptables de la liberté d’expression s’est manifesté.

Face à cela même ceux qui ne revendiquaient pas leur différence culturelle ou cultuelle se trouvent forcés d’affirmer cette identité qu’on ne cesse de leur renvoyer. En quelque sorte, chez certains jeunes, on a à faire à des logiques de reversement de stigmates, c’est-à-dire « ce qu’on me reproche j’en fais une fierté ». Ce renversement de stigmates peut donner lieu pour certains, notamment à la rencontre d’une idéologie extrémiste, à une instrumentalisation de la religion pour « régler des comptes » avec ceux qu’ils considèrent comme responsables de leurs difficultés.

Les jeunes qui partent en Syrie sont recrutés via une campagne véhiculée essentiellement par l’internet et les réseaux sociaux, mais pas exclusivement par ce biais. Cette campagne fait appel à des méthodes d’endoctrinement et d’embrigadement alliant des arguments théologiques fallacieux pour justifier la haine de l’« Autre », une mise en perspective des récits historiques et des présentations des différents conflits internationaux, notamment au Proche et au Moyen Orient, laissant s’installer chez le recruté l’idée qu’une offensive est organisée contre les musulmans et que son devoir est de faire face à cette offensive. Des récits apocalyptiques et eschatologiques sont mis en scène pour mobiliser, comme le font les dérives sectaires, les plus fragiles psychologiquement.

Les promoteurs de cette campagne de recrutement ont réussi à créer un modèle particulièrement séduisant pour les jeunes en manipulant d’une manière perverse des codes et des ressorts de communication ciblant les jeunes. Certains de ces jeunes s’accaparent le rôle de justiciers héroïques investis de la mission de rétablir l’ordre moral, y compris par le recours à la violence. D’autres se voient engagés aux côtés des opprimés pour accomplir une mission quasi divine et altruiste. Certains y trouvent le moyen d’assouvir leurs désirs bestiaux et matériels ou leur illusion de devenir importants par l’exercice d’une forme de pouvoir.

II. Comment éviter l’instrumentalisation des textes religieux ?

C’est un fait, Les groupes terroristes comme Daech ou d’Alqaïda se réfèrent à la religion musulmane et instrumentalisent les textes religieux musulmans pour justifier leur barbarie et construire leur discours de la haine de l’autre. Face à ce discours, les jeunes dépourvus de toute culture religieuse se trouvent incapables d’opposer une quelconque résistance ou esprit critique.

Les cadres religieux doivent offrir aux jeunes des clefs de lecture de ces textes et les aider à dévoiler l’imposture de ceux qui s’érigent en exégèses, notamment à travers internet et les réseaux sociaux.

En premier lieu, il faut rappeler que la foi ne saurait aller à l’encontre de la raison et que les objectifs et les finalités d’une religion ne sauraient être à l’opposé des valeurs universelles qui font l’humanité de l’homme.

Les quelques principes et valeurs ci-après sont des exemples, parmi d’autres, à mettre au cœur de tout enseignement religieux : Lire la suite