LES PRÉJUGÉS FRÉQUENTS ENTRE « ARABIE » ET « VÉRITÉ »

➡ On remarque que de nombreux convertis à l’islam ou de « nouveaux pratiquants » de la religion musulmane se tournent « dès leur premier pas », presque de façon instinctive et naturelle, vers le « modèle islamique » pratiqué en Arabie.

➡ Cela s’explique pour deux raisons principales : la première est que les États de cette région ont pendant longtemps assumé publiquement une démarche expansionniste de leur modèle à travers le monde, sans lésiner sur les moyens.

➡ Mais, plus subtile, la deuxième cause est de nature « psychologique » :

Souvent, pour un « nouvel arrivant » ou un « nouveau pratiquant » en Islam qui découvre cette religion, le « seul vrai islam original » ne peut venir QUE de l’endroit originel où il est , son berceau, c’est à dire l’Arabie. Le « seul vrai Islam pur et inaltéré » ne peut venir QUE de l’endroit d’où vient la langue du Saint Coran, qui abrite les Lieux Saints et vers lesquels chaque musulman du monde se tourne au moins 5 fois par jour pour prier…

➡ Comme si, « inconsciemment », la direction de la prière était AUSSI la direction de LA vérité

➡Dès lors, le « nouvel entrant en islam » présuppose parfois, dans la continuité de cette logique, que tout ce qui est différent de ce modèle serait faux, une altération, voire un dévoiement de la religion dont il faudrait s’éloigner par précaution.

➡ On accuse par exemple les maghrébins de « confondre Tradition et Religion », ce qui est parfois vrai. Mais d’une part, il faut balayer l’idée selon laquelle les cultures et les traditions propres à chaque pays devraient être « effacées » : les cultures ne sont pas illicites et constituent même une richesse, tant qu’elles ne sont pas contraires à l’islam.

D’autre part, les maghrébins ne sont pas les seuls à être attachés à des traditions ancestrales : les arabes de la péninsule ont aussi des traits culturels forts et des pratiques traditionnelles qui n’ont aucun rapport avec l’Islam, comme par exemple « l’esprit de clan » (mariages claniques) ou encore les courses de chameaux, les « danses d’épées » etc. De même, leur mode de transmission du pouvoir ne provient pas de l’Islam mais bien d’une tradition propre à ce pays.

➡ Voici donc deux exemples parmi d’autres de « préjugés » répandus sur le lien psychologique entre « Arabie » et « Vérité » :

  • « SEULE L‘ARABIE SUIT LE CORAN ET LA SUNNA »

➡ Le rite hanbalite de l’imam Ahmed Ibn Hanbal, pratiqué dans une certaine mesure en Arabie, apparait aux yeux des « nouveaux musulmans » comme étant « la seule vraie façon » de pratiquer sa religion.

➡ On trouve d’ailleurs dans les livres distribués par millions, gratuitement et en plusieurs langues notamment dans les lieux saints et lors du pèlerinage, des titres comme « La prière selon le Coran et la Sunna » ou encore « Voici comment le Prophète faisait les ablutions » ; SANS mentionner qu’il s’agit là en réalité du rite hanbalite !

➡ Dire que ces livres sont « LE Coran et LA Sunna » sans préciser le rite, c’est sous-entendre que tout ce qui diffère du contenu de ces livres n’est NI Coran, NI sunna, et c’est ce que l’on peut qualifier a minima de négligence, voire de malhonnêteté intellectuelle.

➡ L’imam Ahmed Ibn Hanbal est certes l’un des plus grands savants que cette terre ait connu et ceci est incontestable. Néanmoins, instrumentaliser son Ecole pour vouloir faire disparaitre les divergences et les autres Ecoles, est contraire au comportement des pieux prédécesseurs, qui respectaient pleinement les divergences.

➡ Les « nouveaux musulmans » sont donc des « proies faciles » à ce genre de raisonnement, et, tout en ayant une « bonne intention », certains pensent que suivre ce modèle leur permettra de revenir à un « islam puritain », d’être en quelque sorte « plus musulmans que les musulmans maghrébins qui mélangeraient tradition et religion ».

➡ On constate aussi que beaucoup de musulmans d’origine maghrébine renient leur Ecole d’origine, le Madhab Malikite, pensant que cette Ecole serait quelque part « moins vraie » que l’Ecole Hanbalite…

➡ Changer d’Ecole est certes autorisé, car le principe est la liberté de choix (avec des conditions posées par les savants), mais il est triste de constater que parfois, ce changement se fait pour de « mauvaises raisons », comme par exemple le fait de penser qu’on délaisse le faux pour aller vers le vrai !

  • LE « VRAI VÊTEMENT MUSULMAN » : QAMIS ET JILBAB

➡ Beaucoup de « nouveaux pratiquants » pensent qu’il existe un « vêtement musulman » et que le « plus vrai » est celui qui viendrait d’Arabie, or, ceci est encore une fois complètement faux.

➡ Il existe certes des critères islamiques du vêtement : il ne doit pas laisser paraître la nudité, ne pas être moulant etc., mais il n’y a PAS de vêtement musulman !

➡ D’ailleurs, le Prophète, paix et bénédictions sur lui, s’habillait selon la coutume de son époque tout en respectant les critères islamiques. Le Prophète (pbsl) était donc habillé comme Abou Jahl et les non-musulmans de son pays et de son époque !

➡ Penser que porter un « qamis modèle 2020 », c’est porter LE vêtement islamique est une idée fausse mais malheureusement très répandue aujourd’hui ! Or, à l’époque, les musulmans portaient le plus souvent des Pagnes et pas du tout le genre de qamis que nous connaissons aujourd’hui…

➡ Les habits des pays musulmans ont évolué avec le temps en fonction de l’histoire et du climat de chaque pays : la capuche de la djelabba marocaine a selon certains une origine chrétienne (habit des moines), et servait de « poche » aux étudiants pour y transporter leurs livres ou autres objets, en plus de couvrir leur tête lors des intempéries.

➡ Cette djellaba est différente du « boléro » porté au Pakistan ou du « boubou africain » constitué de 2 pièces ; du keffieh saoudien à damiers qui protège du puissant soleil d’Arabie et qui date de l’ère moderne…

➡ De même, le djilbeb qu’on trouve aujourd’hui en Arabie est traditionnel et culturel : c’est un vêtement propre à ce pays à un moment donné. Ce vêtement respecte les critères islamiques mais pas plus que le tchador asiatique ou le « hidjeb maghrébin ».

Cher frère, chère sœur, sache que la langue arabe est une langue sacrée car choisie par Dieu, tout comme les Lieux Saints. Le Prophète (pbsl) était lui-même arabe ainsi que l’immense majorité des Compagnons.

Le lien entre « Arabité » et « Islam » était donc au départ très fort. Ce lien perdure aujourd’hui à travers le Coran et les sciences islamiques, mais il faut différencier ces choses-là de l’Arabie actuelle, de ses traditions, de ses institutions politiques et de l’Ecole doctrinale qu’elle a adoptée.

➡ L’Islam est donc une religion Universelle : sa graine a été plantée en Arabie, mais ses fruits ont poussé partout dans le monde, et souvent même en DEHORS de l’Arabie ! :

 Sur le plan des SCIENCES ISLAMIQUES, les premières universités islamiques mondiales furent établies loin de l’Arabie : Al-Qarawiyine au Maroc et Zitouna en Tunisie. Les plus grands centres culturels de l’Histoire de l’Islam étaient basés à Cordoue (Espagne) et Baghdad (Iraq).

Il faut savoir que la majorité des Savants et des grands personnages de l’Islam, (hormis les 3 premières générations qui étaient logiquement à prédominance arabe), ne sont pas nés en Arabie ou n’étaient pas Arabes :

Al Boukhari est né comme son nom l’indique à Boukhara, en Ouzbékistan et Muslim est né en Iran actuelle.

Tirmidhi est aussi né en Ouzbékistan

An-Nassai est né au Turkménistan

Averroes, Al Qurtubi et Ibn Hazm sont nés à Cordoue et l’imam As-Shatibi est né à Grenade, (Espagne actuelle) et donc en Europe

Ibn Taymiyyah est né à Harran en Turquie actuelle

Al Ghazali était Perse et il est né en Perse (Iran actuelle)

Saladin, qui a pris Jérusalem, était Kurde

Les Ottomans qui ont pris Constantinople étaient Turcs

Ibn Ajarrum était Berbère de même que Tariq Ibn Ziad qui conquit l’Espagne ou encore le géographe Al Idrissi, père de la cartographie moderne

– enfin, Sibaway, le maître et père fondateur de la grammaire arabe était Perse !

 De même, aujourd’hui, les plus grands savants ne sont pas forcément arabes ou en Arabie . En science du hadith, ils sont réputés pour être indo-pakistanais. Concernant le Coran on trouve les Maghrébins et les Syriens etc. Bref, ils sont répartis partout dans le monde, seulement ils ne bénéficient pas de la même « publicité » ni des mêmes moyens que ceux d’Arabie (livres à profusion, chaines et émissions TV etc.). Ils n’ont pas la même « volonté » d’étendre leur rite dans le monde et aux autres pays.

Les madhahibs les plus suivis dans le monde sont dans l’ordre démographique : l’école Hanafite, Shafi’ite, Malikite puis Hanbalite, celle-ci ne représentant qu’environ 8% des musulmans…

L’école Hanbalite est certes l’une des plus prestigieuses Ecoles du sunnisme, mais elle n’est suivie officiellement QUE par l’Arabie saoudite, qui ne l’a adopté (dans certains aspects) que récemment.

Par ailleurs, la puissance et le rayonnement de l’Islam se sont produits en dehors de la péninsule arabique :  

Sur le plan POLITIQUE, ECONOMIQUE et MILITAIRE, les plus grands Empires musulmans et qui ont le plus duré n’étaient ni Arabes ni basés en Arabie :

🔹 Le Califat Abbasside a été progressivement dominé par les Perses musulmans et sa capitale était à Baghdad

🔹 L’Andalousie a été conquise par les Berbères du Maghreb, et s’est développée loin de l’Arabie

🔹 Le Califat Ottoman a vu la prise de Constantinople par les Turcs

➡ L’Islam est donc une religion Universelle, dont le ciment est la Langue arabe qui lui est consubstantielle car de Choix Divin, mais qui ne nous OBLIGE PAS à « imiter la péninsule arabique » : ni son école doctrinale, qui fait aussi partie de « Ahl Sunna » ; ni ses traditions vestimentaires, qui respectent aussi les critères islamiques.

➡ Pour conclure sur le lien entre « Arabité » et « Islam », voici la parole sage d’un poète :

♦ Sache que l’Homme se mesure par sa Foi ♦

♦ Ne compte pas sur ta lignée aux dépens de la Piété♦

♦ Salman le Perse, l’Islam l’a élevé ♦

♦ Le noble Abou Lahab, l’associationnisme l’a rabaissé ♦

UMF FRANCE

L’« Union des Mosquées de France », ci-après dénommé «UMF», est une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901.