L’UMF accueille les imams de Ramadan venus du Maroc le 15 mai 2018

Pour une coopération intelligente et profitable à tous

Mohammed MOUSSAOUI, Président de l’Union des Mosquées de France

Dans le cadre d’une convention bilatérale entre le Royaume du Maroc et la France, l’Union des Mosquées de France (UMF) a accueilli mardi et mercredi derniers 142 psalmodieurs du Saint Coran, 12 conférencières et 8 conférenciers venus du Maroc. Côté marocain, le ministère des Habous et des Affaires Islamiques s’est chargé de la préparation du séjour de ces cadres religieux et de leur prise en charge.  Côté français, leur venue a été passée au crible de commissions spécialisées et leurs demandes de visas ont été étudiées par les services du ministère de l’Intérieur qui a statué en dernier ressort. In fine, l’UMF assure leur accueil et leur accompagnement sur le sol français.

Le débat qui a accompagné les déclarations de certains femmes et hommes politiques sur les imams étrangers, et ceux de Ramadan en particulier, a pris une tournure surprenante et inattendue. Alors même que depuis les années 1990, aucun signalement d’un quelconque problème relatif au discours ou aux avis religieux de ces imams n’a été enregistré, certains n’ont pas hésité à les accuser de fondamentalisme ou d’extrémisme ou encore d’entrave à l’émancipation des musulmans de France vis à vis des pays étrangers.

Pour sa part, l’UMF qui souhaite préparer activement le cheminement d’un islam de France fait d’indépendance et d’échanges ne refuse pas le principe de ce débat. Pour que ce dernier soit utile et profitable à notre pays, on doit éviter les postures idéologiques qui ignorent la nature et la réalité de cette coopération utile et nécessaire pour un Islam de France en phase de construction.

Dans un monde ouvert, où les échanges de savoir-faire sont recherchés dans de nombreux domaines, pourquoi faudrait-il à tout prix en exclure le religieux ? Serions-nous des citoyens si peu éclairés que nous ne distinguerions pas ce qui est utile à nous et à notre pays ? Serions-nous des citoyens sous influence, incapables d’apprendre d’autres horizons, sans mettre en péril notre identité ou notre culture ?

La mission essentielle des imams est d’assurer les prières de nuit (Tarawih) et d’initier les fidèles aux méthodes de psalmodie du Saint Coran. Les conférenciers et les conférencières quant à eux, participent à la promotion des valeurs authentiques de l’islam par l’enseignement et l’accompagnement spirituel des fidèles. Leur présence en France est due en partie au manque d’imams bien formés et à une activité spirituelle plus intense pendant le mois de Ramadan. A signaler que ces dernières années, la demande des mosquées de France porte plus sur les conférencières que les conférenciers.

La lutte contre l’extrémisme, notamment celui se réclamant de l’islam, est aujourd’hui une cause mondiale. L’échange des expériences et des bonnes pratiques dans ce domaine n’est plus une option, il est devenu une nécessité. Aussi, l’UMF a souhaité que les imams venus cette année du Maroc, puissent consacrer une partie importante de leurs interventions aux différentes thématiques que développent les courants extrémistes, afin de montrer et dénoncer les errements et l’imposture de l’idéologie de ces derniers. Ceci est une opportunité qu’il faut saisir, notamment pendant le mois de Ramadan marqué par une présence exceptionnelle des jeunes dans les mosquées.

Pour le Maroc, cette tradition d’échanges de cadres religieux avec d’autres pays est très ancienne. Elle a débuté avec la France au début des années 1990. Elle traduit bien l’esprit de partage et d’échanges qui caractérise le mois sacré du jeûne.

Le Maroc lui-même, par ailleurs, invite des cadres religieux du monde entier pour de nombreuses rencontres spirituelles et scientifiques dans les mosquées marocaines. Certains, dont des français, participent aux traditionnelles conférences présidées par Sa Majesté le Roi du Maroc et retransmises en direct.

Aussi, au sein de l’UMF, nous mesurons à sa juste valeur la chance historique que nous offre le Maroc afin de tirer profit de son expérience sur la gestion du culte et du fait religieux issue d’une tradition plus que millénaire et ouverte sur le monde, bien loin des clichés d’une religion figée et repliée sur elle-même.

En effet, d’une part, les cadres venus du Maroc sont formés et diplômés d’institutions reconnues, puis agréés par des commissions au sein des conseils régionaux des oulémas, eux mêmes supervisés par un conseil supérieur des oulémas présidé par le Roi, commandeur des croyant et garant d’un islam authentique de modération et de juste milieu.

D’autre part, le Maroc a beaucoup avancé sur l’intégration des femmes dans le champ religieux. Celles-ci représentent aujourd’hui près de la moitié des cadres formés au sein de l’institut Mohammed VI de Rabat. Et un quart du contingent Français dans cet institut est constitué de jeunes Françaises. Sur ce plan, dans un acte hautement symbolique, près de 80 000 femmes marocaines ont participé à la réalisation d’un manuscrit du Saint Coran, c’est à dire du texte le plus sacré de l’islam. Cette féminisation du corps des cadres religieux représente un intérêt certain contribuant au Maroc, comme en France, à une religion en mouvement ouverte sur la société et sur son temps.

Les imams étrangers officiant toute l’année en France et pris en charge par leurs pays d’origine, essentiellement le Maroc (30), l’Algérie (120) et la Turquie (150), représentent environ 10 % des 3000 imams de France. Leur présence en France, régie par des accords bilatéraux, se justifie par le fait que certains pays étrangers, notamment le Maroc, sont tenus par leurs constitutions respectives à participer à l’encadrement culturel et religieux de leurs ressortissants qui résident en France pour une période limitée et qui n’ont pas vocation à devenir français. Ces derniers contribuent à la prospérité de leurs pays respectifs et représentent bien plus que 10% de l’ensemble des musulmans de France. C’est dire que les 10% d’imams étrangers pris en charge par ces pays ne couvrent même pas les besoins de leurs ressortissants non français.

Notre pays déploie aussi des moyens importants et nécessaires pour assurer l’éducation des français qui résident à l’étranger. De nombreux établissements français dans de nombreux pays, notamment au Maroc, dispensent un enseignement français en phase avec les valeurs et la culture françaises. Pour leur part, les marocains accueillent très favorablement la mission de ces établissements. L’admission de jeunes marocains en leur sein participe au renforcement des liens entre la France et le Maroc et enrichie les échanges culturels entre les deux pays.

Enfin, faut-il rappeler que le Maroc s’est longtemps appuyé sur le savoir-faire des cadres français en matière d’enseignement et de culture ? Les premières générations d’enseignants marocains ont été formées en France, comme au Maroc, par des formateurs Français. Il en va de même pour les artistes et les professionnels de la culture.

C’est cette même ouverture, sans crainte de la rencontre avec les autres, qui doit nous amener, nous français, à susciter les opportunités et à s’approprier des savoir-faire que notre pays n’a pas encore suffisamment acquis notamment dans le domaine religieux musulman.

Dans une telle coopération, les musulmans de France doivent savoir trouver l’équilibre nécessaire pour répondre à leurs besoins de court terme et réaliser leurs objectifs à moyen et long terme. Opposer ces deux registres serait contreproductif et sans intérêt. Faire appel aujourd’hui à certains pays musulmans, amis de la France pour une aide utile et indispensable en matière d’encadrement religieux ne doit pas nous faire oublier notre devoir de bien former en nombre suffisant les cadres français et conforter notre indépendance bientôt acquise.

          

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